Un parcours de ouf, pour Malory à fleur de peau

Temps de lecture : 7 mn

Malory Gex Davion a été scolarisée au Lycée Darche entre 2016 et 2019. Elle est aujourd’hui maître d’hôtel au Château de Riell au restaurant Òliba (« chouette » en catalan) à Molitg-les-Bains (66), près de Prades. De passage à Longwy l’autre jour, elle est venue nous adresser un amical petit « coucou ». Nostalgique et envieuse de revoir les enseignants ayant été à l’origine de sa dévorante passion : la cuisine ! Un témoignage édifiant, passionné et passionnant d’une jeune femme, à la sensibilité à fleur de peau héritée d’une enfance très compliquée. C’est à lire d’urgence ici…

– Bonjour Malory, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Je m’appelle Malory Gex Davion. J’ai 25 ans et j’habite désormais dans le sud de la France, plus précisément à Molitg-les-Bains dans le département des Pyrénées-Orientales (66).

Les PO ou Pyrénées-Orientales (66) – détails

– Quelle a été votre formation ?

Après les années collège passées au collège Albert Lebrun de Longwy, les hasards de la vie m’ont conduit au Lycée Darche à la rentrée de septembre 2016 où j’ai suivi la formation Bac Pro HCR (hôtellerie, commercialisation et restauration) en service, en trois années.

– Comment était votre quotidien durant cette période des années lycée ?

Je sortais alors de nombreuses années passées de foyer en foyer, après une « enfance très difficile » ; j’étais marquée et meurtrie… Je venais d’être récupérée par mon papa que je connaissais à peine. Et je commençais à tisser des liens avec lui. Au Lycée Darche, j’avais eu la chance de me trouver dans une classe de Bac Pro (2nde, 1ère puis Tle) au sein de laquelle, nous étions tous extrêmement soudés les uns les autres. Au fur et à mesure des années, on est devenu un « groupe classe », beaucoup plus qu’un groupe d’amis. Tous les jours, nous nous retrouvions devant les grilles de l’établissement puis dans la cour du lycée et nous allions en classe.

– Vous m’avez dit en off que vous aviez suivi les trois années de formation du Bac Pro mais que vous n’aviez finalement pas passé le bac… Pourquoi donc ?

Et non, malheureusement ! Malgré tout, j’ai obtenu le BEP CSR, mais je veux préciser que je n’ai pas passé le bac à l’issue de cette formation. Quelques mois avant les épreuves du bac, j’avais été convoquée à un conseil de discipline qui a provoqué mon exclusion définitive, à la suite de problèmes comportementaux dus notamment au fait que je me braquais lorsque j’imaginais que les adultes en face de moi ne me comprenaient pas. Je n’avais pas trop de repères…

Pour moi, l’école était devenue une sorte d’exutoire à travers lequel je pouvais créer des liens, profiter au maximum d’une vie qui commençait vraiment et qui s’avérait bien plus claire que celle – obscure – de mon « chez moi » d’alors…

– Qu’avez-vous fait à la suite de votre exclusion du lycée ?

J’ai eu la chance d’avoir été repérée par les gens du restaurant Fourche et Fourchettes à Longuyon où j’avais précédemment effectué un stage professionnel dans le cadre de mon Bac Pro. Ils m’ont tendu la main, pris sous leurs ailes et j’ai pu y travailler quelques mois.

Mais un jour, je me suis dit : si je dois galérer, autant que ce soit les deux pieds dans l’eau, donc au bord de la mer… « Car la misère est bien plus belle au soleil » (rires). Je me disais que j’avais tout de même pu bénéficier d’une certaine expérience à travers les différents stages que j’avais déjà effectués durant ma scolarité au lycée (Marcotullio Traiteur, La Table de Christophe Dufossé à Busnes, les Travaux Pratiques déplacés…).

Et de bouche à oreille, j’avais entendu parler du prestigieux restaurant Le Neptune situé à Collioure dans les Pyrénées-Orientales (66). J’ai alors pris mon courage à deux mains et je suis allée leur raconter mon histoire, en leur demandant de me donner ma chance car jusque-là, c’était tout ce qui m’avait manqué. Je leur ai donc proposé mes services qu’ils ont acceptés. Il faut dire que Collioure est l’un des plus beaux villages de France, situé sur le littoral méditerranéen ! J’y ai approfondi mes connaissances en mixologie (l’art de créer des cocktails), œnologie et cuisine. Je suis littéralement tombée amoureuse du domaine de la restauration à travers tous ses aspects.

– Que s’est-il passé après ?

Ensuite, j’ai cherché ma place. J’ai occupé le poste de chef de rang pendant quatre années dans plusieurs restaurants, avec des hauts et des bas, des petits échecs et des grandes réussites. Et j’ai fini par arriver au Château de Riell à Molitg-les-Bains avec lequel j’ai travaillé – pour la première fois de ma vie – pendant un an et demi et en atteignant le poste le plus élevé en salle de ma hiérarchie, à savoir maître d’hôtel !

Suite à mon évolution au Château de Riell, on m’a demandé de venir en tant que chef de rang à la grande maison-mère Michel Guérard à Eugénie-les-Bains – un trois étoiles au Michelin depuis 75 ans – et un véritable berceau de la haute gastronomie française. Je compte rester encore au moins cinq ans à ce poste afin d’atteindre les dernières compétences pour l’objectif final : devenir inspectrice au Guide Michelin.

Sources du document : http://technoresto.org/tr/brigade/index.html

– En résumé, qu’est-ce qui a déclenché en vous le déclic et la prise de conscience qu’il fallait avancer ?

J’ai osé sortir de ma zone de confort et j’ai osé faire quelque chose qui me faisait peur ; j’ai osé partir. Du jour au lendemain, j’ai quitté tout ce que je connaissais depuis des années. Toute seule, sans argent, sans rien, sans aucun point d’attache et à 1 000 km de ma région. Et je suis allée voir le restaurant Le Neptune en leur expliquant mon projet !

– Quelles sont – d’après vous – les compétences nécessaires pour être un bon professionnel en hôtellerie ?

Un bon professionnel doit d’abord et avant tout avoir de la rigueur dans son travail quotidien. Être consciencieux, se battre et tenir, quels que soient les événements et les aléas de la vie… Il faut également se montrer à l’écoute de ses collègues et de ses clients parce que l’on travaille avant tout pour eux !

– Quels souvenirs gardez-vous aujourd’hui de notre école ?

J’en garde un souvenir très humain, avec une équipe très à l’écoute des élèves et à leur disposition ; que ce soit professionnellement et moralement. J’aimerais d’ailleurs mettre en avant Mme Estelle Pazzaglia et son amour du métier qui provoque chez elle un professionnalisme hors pair qui donne envie.

– Quels conseils pourriez-vous donner à nos adolescents, pour les aider à réussir ? Je pense particulièrement à tous ceux qui connaissent des périodes difficiles. Et je sais qu’à notre époque, il y a de plus en plus de jeunes qui galèrent…

« L’espoir fait vivre » n’est pas qu’une simple citation, c’est une réalité. Ces jeunes doivent garder en tête que tout est possible ! Il faut avoir des rêves dans sa vie, c’est ce qui nous fait nous lever chaque matin. Il faut être patient. Il faudrait qu’ils prennent conscience que la seule personne capable de les sauver, c’est eux-mêmes ! Il faudrait également qu’ils sachent rester à l’écoute de ce que les adultes leur disent, parce que c’est pour leur bien.

– Avez-vous des hobbies ?

J’apprécie d’aller boire un verre dans un bar à vin, toute seule, pour pouvoir me remettre en question face à moi-même, pour déguster de nouvelles saveurs ou les rechercher toute seule… J’aime énormément faire des randonnées (à la montagne, en bord de mer) pour admirer ce que la nature nous offre et ce qui nous entoure au quotidien). Et évidemment, j’aime beaucoup cuisiner pour mes proches, pour les gens que j’aime et pour moi !

– Auriez-vous un livre à nous conseiller ?

Oui, j’ai beaucoup aimé le roman Au-delà de la vérité (Les sœurs de l’océan) (2013) de Lucy Clarke. C’est un roman qui permet de comprendre à quel point, les paroles qu’on perçoit ont une importance dans le bon comme dans le mauvais. Sinon, je lis beaucoup de livres de cuisine, dont celui de Michel Guérard avec toutes les dédicaces de l’ensemble du personnel du Château de Riell (rires) !

– Je vous remercie infiniment d’avoir accepté de répondre à cet entretien si émouvant et instructif ! Je vous souhaite en retour une bonne continuation dans votre existence !

Photographies Malory Gex Davion collection privée ©

Mise en page,

Photographies, visuels Internet,

entretien préparé et propos recueillis par Jean-Raphaël Weber

le 27 janvier 2026

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web.

Pour en savoir plus nous vous invitons à consulter nos mentions légales et notre politique de confidentialité des données.

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.