Maxime Simone, jeune vidéaste et surveillant au Lycée Darche

 

 

Nouvelle « recrue » au sein de la Vie scolaire du Lycée Darche depuis septembre dernier, Maxime Simone a accepté de répondre à un entretien au sujet de son travail parmi nous et de sa passion : le cinéma, dont il voudrait faire son métier. Une interview à retrouver ci-dessous…

 

RESSOURCES HUMAINES

 

– Bonjour Maxime, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Maxime Simone, j’ai 27 ans, je vis à Longwy et j’ai grandi dans le Pays-Haut, où je suis né à Mont-Saint-Martin.

 

– Quel est ton parcours ? Qu’as-tu suivi comme études ?

J’ai passé un baccalauréat L au Lycée Alfred Mézières de Longwy puis je suis allé directement à l’université de Lettres et Sciences humaines de Nancy II pour y effectuer des études. J’y ai fait de l’anglais et je me suis orienté en Licence : « Culture et Com’ », c’est-à dire : Culture et Communication où il y avait notamment un parcours cinéma dont les cours étaient prodigués à l’IECA (Institut européen de cinéma et d’audiovisuel) de Nancy. Il se trouve que l’on m’a proposé de « bifurquer » en Sociologie – et même si je me destinais davantage à aller en école de cinéma – je suis allé en Sociologie et j’ai fini par passer mon Master 2 de Sociologie, validé avec un mémoire de fin d’études en 2018.

 

Le campus de la faculté de Lettres et de Sciences Humaines de Nancy

– Ton mémoire de fin d’études portait sur quoi ?

Il portait sur le cinéma et plus précisément sur Disney et les grosses majors de cinéma américaines.

 

– Qu’as-tu cherché à y démontrer ?

J’ai essayé de voir comment ces entreprises étaient devenues de véritables « machines » dont le seul but est la rentabilité économique et financière. J’ai voulu montrer à quel point les films sont pensés afin d’obtenir le maximum d’entrées et les meilleurs résultats possibles au box-office. J’ai aussi essayé de voir quelles tensions pouvaient être générées par cette situation, en particulier les conflits entre des réalisateurs et des producteurs.

 

– Un vaste sujet ! N’as-tu pas essayé de « creuser » ce thème à travers une thèse et un doctorat ?

Non, ensuite, j’ai préféré ne pas poursuivre en thèse, afin de me consacrer à mon activité de vidéaste.

 

– Vidéaste !? Tu peux nous expliquer ce que tu fais concrètement ?

Je dis : « vidéaste » parce que dans l’idéal, j’aimerais dire : « cinéaste », mais ce terme est plutôt utilisé lorsque l’on est reconnu dans le milieu du cinéma… « Vidéaste », cela englobe plus largement la réalisation de vidéos qui ne sont pas forcément destinées à être projetées au cinéma, comme des vidéos Internet, ou pour des diffusions locales plus modestes – même si à l’avenir – j’aspire à me rapprocher du cinéma, avec notamment des formats plus longs.

 

– Mais comment es-tu arrivé à réaliser des vidéos ?

Même si j’ai effectué un parcours cinéma à la fac, je me renseignais déjà beaucoup auparavant sur le cinéma et cela est vraiment devenu une passion à mon entrée à l’université. Je commençais alors à regarder énormément de films comme Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath) (1940) de John Ford d’après le roman du même titre de John Steinbeck, Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino, ou encore The Thing (1982) de John Carpenter, etc. ainsi qu’à lire des critiques de cinéma, notamment celles rédigées par Jean-Baptiste Thoret de Charlie Hebdo et des Cahiers du cinéma, ou Yannick Dahan qui a produit des chroniques vidéo sur Canal+.

Avoir vu de nombreux films m’a donné envie, à moi aussi, de prendre une caméra et de filmer.

 

– Comment as-tu fait pour démarrer, d’un point de vue « pratique » ?

J’ai débuté avec l’appareil photo de ma mère parce que je n’avais pas d’argent et que je ne m’y connaissais pas du tout du point de vue technique. J’ai réalisé mon premier court-métrage en 2015 mais je n’ai jamais réussi à l’achever, parce que je faisais trop d’erreurs et n’étant pas satisfait par le résultat obtenu. Je voulais y inclure la démolition de l’usine du train universel d’Herserange où mon père avait travaillé jusqu’à la fermeture du site en 2005.

Mon intérêt pour le cinéma provient donc de la conjonction entre une passion et un événement qui a marqué une histoire familiale.

 

– Et cela s’est traduit comment, du point de vue de ta production ?

Du coup, ce contexte ouvrier m’a poursuivi pendant plusieurs courts-métrages, le premier que j’ai achevé au printemps 2017 et qui s’appelle : Un nouveau départ, tourné dans la vallée de la Fensch, au pied des hauts-fourneaux d’Hayange.

La fameuse usine de mon père, j’ai tout de même fini par la filmer – mais sous la forme d’une friche – dans le court-métrage intitulé : Le Spectre du Fer (2017), projeté à plusieurs reprises à Kinepolis. C’est là que j’ai compris que mon activité pouvait dépasser le cadre strictement confidentiel.

 

– Et ensuite ?

J’ai continué, j’ai fait des rencontres. J’ai concrétisé mes idées par la réalisation de plusieurs petits films à l’échelon local. J’ai reçu un prix Créajeune 2019 décerné par la Grande Région.

– Récemment – en octobre 2019, la presse locale (le Républicain Lorrain) a consacré un article (à retrouver ci-dessous) sur un film que tu réalises actuellement et dont une version de travail avait été projetée à Kinepolis, le 11 octobre dernier. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

C’est un projet très ambitieux (un documentaire) qui demande de vaincre sa timidité parce qu’il faut aller de l’avant, il faut effectuer des démarches, on est dans le réel (rires).

Le projet a démarré il y a un an, à la suite de la lecture d’un livre de Charlotte Delbo intitulé : Aucun de nous ne reviendra (1965). C’est le récit d’une résistante déportée à Auschwitz-Birkenau dans le convoi du 24 janvier 1943. Ce n’est pas seulement un témoignage mais l’auteure y met aussi un certain style en essayant de retranscrire la teneur quotidienne dans ce camp. On est hanté par un tel récit comme si l’on avait été avec elle. Découvrir cette lecture marque à vie et cela m’a donné envie de réaliser quelque chose.

 

– Il y a un rapport avec notre région…

Oui, il se trouve que dans ce convoi du 24 janvier 1943, j’ai appris qu’il y avait deux résistantes natives du Pays-Haut ; Germaine Renaudin d’Hussigny-Godbrange et Madeleine Zani de Longlaville.

Et je me suis décidé de partir à la recherche des descendants de ces deux résistantes… J’ai donc rencontré le fils de Madeleine Zani et la petite-fille de Germaine Renaudin. J’ai voulu que l’Histoire passe à travers leurs regards et leurs ressentis, d’où la dimension intime de la mémoire que j’ai souhaitée convoquer pour ce film. De fait, Crystèle Renaudin – la petite-fille de Germaine Renaudin – s’est montrée favorable pour partir sur les traces de sa grand-mère et aller jusqu’à Birkenau. Mon film est un voyage écrit au présent à l’intérieur duquel, on remonte le temps. Ce qui m’importe beaucoup, c’est de montrer à quel point à cette époque, le quotidien a pu être rompu par une violence inconcevable, et pourtant bien réelle. D’où le titre du film ; Si Loin de l’Enfer.

 

– Quand le film va-t-il être achevé dans sa version définitive ?

Si tout va bien, ce sera au courant du printemps de cette année, c’est-à-dire dans le contexte des 75 ans de la découverte et de la libération des camps, avec la commémoration de la journée de la déportation (en avril).

 

– Comment envisages-tu l’avenir en tant que vidéaste ?

J’aimerais bien gagner en reconnaissance avec mes films, et ainsi pouvoir être dans un cadre plus professionnel, en étant produit et peut-être – je l’espère – faire un film qui sorte au cinéma. Pour cela, il faut être appuyé par une structure, une boîte de production. Le monde du cinéma m’est étranger, moi qui suis issu d’un milieu ouvrier.

 

– Tu as intégré la Vie scolaire du Lycée Darche en septembre, est-ce ta première année en tant qu’assistant d’éducation ?

Oui j’ai intégré la team de la Vie scolaire et c’est la première année que je suis surveillant, de jour. L’année dernière, j’étais en poste en internat à Pixérécourt, près de Nancy, au lycée agricole.

 

– Parle-nous de ta fonction, ici, au sein de la Vie scolaire.

J’essaie de faire en sorte qu’il y ait une certaine cohésion des élèves, en étant attentif aux malaises et aux tensions éventuelles qu’il peut y avoir chez certains, et en signalant ceux en difficulté. Comme dans toutes les Vies scolaires, il faut gérer les absences et les choses administratives concernant les élèves qui permettent au lycée de « bien tourner ». C’est comme un « système » dans lequel les gens sont interdépendants : il y a des métiers très différents ; les agents administratifs, techniques et les enseignants. Chacun de ces métiers est fondamental. En plus, ce que j’aime beaucoup ici, c’est qu’il s’agit d’un lycée à taille humaine avec un cadre assez agréable. Mais surtout, je pense que je n’aurais pas pu rêver d’intégrer une aussi bonne équipe ! L’entente entre collègues est décisive pour bien travailler.

 

– Est-ce que cette fonction te plaît ?

Ce que j’aime bien à travers cette fonction, c’est d’être avec un public, en l’occurrence des jeunes. Il y a une dimension sociale importante. Ce n’est pas comme si je travaillais en usine, avec une machine.

 

– Quand on évoque le Lycée Darche, y a-t-il des mots qui te viennent spontanément à l’esprit ?

Ce qui me vient directement à l’esprit, c’est le mot : « arbre » ! Ça paraît tout bête mais beaucoup de lycées n’ont pas de verdure. Le terme symbolise plein de choses comme la force avec l’ancrage des racines, l’aboutissement à travers les fruits, la persévérance et l’opiniâtreté connotées par la durée de vie des arbres.

 

– Un grand merci Maxime pour cette rencontre et ce témoignage sur ta passion et ton métier ! Et le meilleur pour ton avenir !

 

 

Interview préparée et propos recueillis par Jean-Raphaël Weber

les 17 et 20 janvier 2020

 

 

 

 

 

Des films à voir :

  • Le Spectre du Fer (2017) :  ici
  • Les Jours heureux (2018) :  ici

Un article à lire ou à relire :

Source : Le Républicain Lorrain – octobre 2019