Cindy sourit à la vie !

Temps de lecture : 8 mn

Cindy Kalbusch a été scolarisée au Lycée Darche, il y a vingt ans. Sa scolarité a profondément été marquée et perturbée par la maladie. Première jeune fille en France victime du syndrome de Goodpasture, une maladie orpheline auto-immune. Résultats ? Ses deux reins détruits et l’obligation d’être sous dialyse. Un témoignage poignant et une vraie leçon de vie d’une battante qui veut croquer la vie… À lire ci-dessous !

– Bonjour Cindy, vous pouvez vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Cindy Kalbusch, j’ai 36 ans et je vis seule avec mon fils de douze ans.

– Quelle a été votre formation professionnelle ?

J’ai passé un BEP Bioservices au sein du Lycée Darche de Longwy, en 2007.

– Au lycée, vous avez été gravement malade. Pouvez-vous raconter ce qui vous est arrivé ?

Alors que j’étais en Seconde BEP Bioservices, après deux mois et demi d’une toux intensive, j’ai consulté un médecin. Celui-ci m’a tout de suite fait hospitaliser à l’hôpital de Mont-Saint-Martin pour une infection pulmonaire. Après mon retour à la maison, mon état de santé s’est fortement aggravé. On était en décembre 2005, j’avais 16 ans… Je me suis retrouvée en réanimation, toujours à l’hôpital de Mont-Saint-Martin. J’étais très fortement anémiée et j’ai été transférée à Nancy à l’hôpital Central, toujours en réanimation. Au vu de mon état, on m’a plongée dans un coma artificiel car la douleur me faisait perdre conscience. Et, catastrophe, les médecins se sont rendus compte que mes reins étaient en train de me lâcher. J’ai été mise sous dialyse.

– Que savait-on de votre maladie ?

Entre-temps, mes examens sanguins ont été envoyés dans un hôpital parisien. De là, on a enfin pu mettre un nom sur ma maladie grâce à – ou à cause – d’un jeune homme victime lui aussi et qui était malheureusement décédé l’année d’avant. Il s’agissait du syndrome de Goodpasture, une maladie orpheline auto-immune. Par la suite, j’ai été transférée au CHU de Nancy-Brabois pour quelque temps. Je suis alors devenue un véritable « cas d’étude » pour les médecins du CHU.

Capture d’écran d’un extrait d’un article de Bernadette Gombert mis en ligne sur le site suisse Nephrohug et publié le 28 février 2016, à retrouver en intégralité : ici

Ensuite, je suis revenue à la maison où je m’auto-dialysais durant la nuit. J’avais alors 17 ans. Cela a fonctionné un bout de temps (six à dix mois dans mes souvenirs). J’ai pu reprendre ma dernière année scolaire juste avant la fermeture de ma section de BEP Bioservices. Et c’est là que l’ensemble de la Vie scolaire du Lycée Darche a décidé de mettre en place un protocole adapté à ma situation. Je voudrais d’ailleurs saluer ici M. Hervé Soarès, le Proviseur et Mme Isabelle Berling, la CPE du lycée à cette époque ! Je n’oublierai jamais également la visite un jour de quelques membres de l’équipe éducative dans ma chambre de l’hôpital de Nancy !

Avec tout ce soutien et mon envie de réussir, j’ai fini par obtenir mon BEP.

L’année suivante en 2008, à 18 ans, j’ai eu la chance d’avoir une première greffe de rein, grâce à mon papa qui a été mon donneur. Lui et moi avions une très grosse compatibilité. Le cross match avait été validé.

– C’est quoi un « cross match » ?

C’est un examen consistant à analyser le degré de compatibilité entre le donneur et le receveur. C’est une étude de compatibilité réalisée systématiquement pour prévenir le phénomène de rejet de greffe hyper-aiguë. À l’époque, il fallait absolument que les groupes sanguins du donneur et du receveur soient similaires. C’était la condition sine qua non pour que l’opération réussisse. Mais aujourd’hui, le receveur peut prendre un traitement médicamenteux sur une durée de six mois, ce qui fait qu’il peut recevoir un don d’organe de la part de quelqu’un qui n’a pas forcément le même groupe sanguin que lui.

Pour ma deuxième greffe éventuelle de rein à 33 ans, ma grande sœur et ma meilleure amie s’étaient portées volontaires pour être donneuses. Malheureusement, je ne pouvais pas prendre le traitement car il risquait de me tuer. On m’avait alors dit que j’étais dans un trop mauvais état biologique et sanguin pour pouvoir le supporter.

– Que s’est-il passé par la suite ?

Malgré les dialyses et des allers-retours à l’hôpital de Nancy, je faisais des petits extras à droite et à gauche, notamment pour des maisons de retraite ou des traiteurs en événementiel. Comme ma santé ne me permettait pas d’envisager un poste stable, j’ai couru pendant plusieurs années de petits boulots en petits boulots. Entre 20 et 30 ans, j’ai alors enchaîné les emplois en intérim (travail à la chaîne à l’usine AEIM de Villers-la-Montagne notamment pour la production de pare-soleils automobile, femme de ménage chez ANDRIN SA un constructeur d’aimants, mise en rayons chez Auchan, aide à domicile…).

J’avais bien tenté de passer un CAP Petite Enfance au CEPAL à Nancy Laxou. Mais je n’avais pas pu bénéficier d’un aménagement de mon emploi du temps, bien que j’aie été déclarée « personne à mobilité réduite ». Cela m’a conduit à ne plus jamais renouveler mon dossier de personne invalide.

– Et la suite ?

En 2014, à l’âge de 25 ans, j’ai eu un petit garçon qui va avoir douze ans cette année ! Il se prénomme Priam, du nom du roi mythique de Troie, au moment de la guerre de Troie, dans la mythologie grecque. On l’appelait le roi des justes, il avait libéré son peuple lors de cette guerre.

« La Mort de Priam » (1861), de Jules Lefebvre (1834-1912), huile sur toile, 114 cm x 146 cm

– Les choses se sont encore compliquées par la suite…

Oui, en 2021, exactement à la même période des Fêtes de fin d’année durant laquelle j’étais tombée malade à 16 ans, je suis rentrée d’urgence à l’hôpital de Mont-Saint-Martin avec plus de 20 de tension, mon taux de potassium était monté à 19 mmol/L (*) au lieu de 3,5 à 5 et au moindre geste, je pouvais faire un arrêt cardiaque ! J’ai alors été transférée d’urgence à l’hôpital de Nancy-Brabois. Une biopsie du greffon du rein a été réalisée et le couperet est tombé, un rejet de ma première greffe au bout de douze ans et demi ! J’ai donc dû reprendre les séances de dialyse de nuit, afin de pouvoir aller travailler durant la journée et m’occuper de mon fils.

– Et ?

En attendant la greffe, il a fallu que j’arrête de travailler, et cela sans bénéficier de la moindre aide sociale, à part le RSA (Revenu de Solidarité Active) avec lequel j’ai pu vivre pendant six mois. La greffe est arrivée le 14 juillet 2023. L’opération s’est bien déroulée. J’avais l’obligation de respecter un délai de six mois sans reprendre une activité professionnelle. Malgré tout, j’ai fait des petits boulots – au black – afin de pouvoir vivre décemment. J’ai été vendeuse en boucherie, commis de cuisine dans un restaurant, et après, j’ai fini par arriver chez Oxalys en janvier dernier, en tant que serveuse.

– Comment êtes-vous arrivée au bistrot gourmand Oxalys à Lexy ?

Par le hasard. Il s’est trouvé que j’ai répondu à une offre d’emploi et au bout de quelques semaines, j’ai obtenu un CDD puis un CDI que je vais bientôt signer.

– Pourquoi ce nom d’« Oxalys » pour le restaurant ?

L’oxalys est une plante bisannuelle. Son cycle de vie dure deux années. La première année, la plante se développe et la seconde année, elle donne des fleurs et des fruits, puis elle meurt. Le chef du restaurant travaille énormément avec les fleurs. Il aime ajouter ces petites plantes dans ses plats ou ses desserts, sans que cela ne soit l’aliment de trop.

– Quelles sont – d’après vous – les qualités requises pour être une bonne serveuse en restauration ?

Je pense qu’il faut pouvoir différencier sa propre personne avec celle qui fait le service. Il faut vouloir offrir un service à la hauteur de ce qui est demandé, et en avoir envie tout simplement. Il faut aimer le métier, avoir une certaine dextérité, apprendre toujours en exécutant. Il est primordial de communiquer, de partager avec le client. Il faut agir avec le client comme on aimerait que l’on agisse avec soi-même. Les clients me font parfois remarquer que durant mon service, je prononce des expressions comme : « Avec grand plaisir » ou bien : « Avec plaisir ». J’éprouve en réalité une grande satisfaction à exercer mon travail.

– En vous voyant si à l’aise dans vos fonctions, on a peine à croire que vous n’ayez pas été à l’époque en section d’hôtellerie à Darche !

À cette époque, j’aimais bien espionner mes camarades d’hôtellerie et il m’est arrivé de leur donner un coup de main (rires).

– Pourquoi toutes ces confidences sur votre vie privée ?

Cela ne me gêne plus de raconter mon parcours douloureux et je me dis qu’un tel récit peut aider des personnes qui souffrent.

– Auriez-vous un livre à recommander, en particulier à nos jeunes lecteurs ?

Oui, sans hésiter : Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry. À sa lecture, on comprend beaucoup de choses sur les relations qui s’établissent entre les êtres !

Notes :

(*) La glycémie peut être exprimée en mmol/L (millimoles par litre) ou g/L (grammes par litre). Ces deux unités sont utilisées selon les pays ou les contextes médicaux. Le mmol/L est l’unité standardisée à l’échelle internationale, notamment dans les publications scientifiques.

Un grand merci Cindy, pour ce témoignage si émouvant sur votre parcours ! Je vous souhaite tout le bonheur du monde !

Merci à Lorène Burati pour la couverture du Petit Prince

Visuels Internet, mise en page,

 photographies, entretien préparé et propos recueillis par

 Jean-Raphaël Weber, le 10 avril 2026

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web.

Pour en savoir plus nous vous invitons à consulter nos mentions légales et notre politique de confidentialité des données.

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.