Christelle Ponsardin lave le linge en famille

 

Christelle Ponsardin – agent d’entretien polyvalent en poste au Lycée Darche depuis huit ans – vient de « prendre les commandes » de la lingerie, remplaçant ainsi Mme Claude Adam partie en retraite en décembre dernier. L’occasion de dresser le portrait d’une femme au parcours atypique et de se pencher sur une profession méconnue de l’Éducation nationale. À retrouver ci-dessous…

 

RESSOURCES HUMAINES

 

– Bonjour Christelle, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?

Je m’appelle Christelle Ponsardin, je vais bientôt avoir 53 ans et j’habite un petit village situé à 15 km de mon lieu de travail.

 

– D’où venez-vous ?

Je suis originaire de Lexy et j’ai toujours vécu dans la région.

 

– Quelle est votre formation ? Parlez-nous de votre parcours…

J’ai passé un BEP « Agent des services administratifs et informatiques » ; un diplôme axé un peu sur la bureautique, au LEP Notre-Dame de Mont-Saint-Martin… Puis à 18 ans, j’ai arrêté l’école pour aller travailler, en l’occurrence chez EGC Électronique à Gouraincourt. C’était une usine où l’on produisait notamment à la chaîne des neimans de voitures et d’autres composants électroniques.

Ensuite, je suis venue travailler dans l’Éducation nationale, en tant qu’auxiliaire de services en espérant y être titularisée. À ce titre, j’ai occupé différents postes de travail dans plusieurs établissements scolaires de Longwy comme le Lycée Alfred Mézières, le Lycée Reiser et aussi le Lycée Darche, dans les années 1990 !

Comme la titularisation ne venait pas, j’ai décidé de changer d’orientation professionnelle, à travers l’aide à la personne. Ainsi, j’ai été cuisinière dans une maison de retraite, en Moselle, et après cela, j’ai fait de l’aide à la personne dans les milieux handicapés, en structure, dans un foyer pour handicapés. Cela a été une vraie « leçon de vie » ! J’en suis ressortie complètement transformée, mais dans le bon sens. (rires).

 

– Et après ?

C’est par hasard que j’ai appris qu’il y avait un poste d’agent d’entretien à pourvoir au Lycée Darche et j’ai alors postulé pour avoir ce travail. Au final, j’ai fini par obtenir ma titularisation. Je dois dire que j’aime mon travail, j’aime ce que je fais.

 

– Comment s’est déroulée votre titularisation ?

J’ai passé un entretien d’une trentaine de minutes devant un jury composé de quatre personnes qui m’ont posé des questions concernant ma personnalité, mes méthodes de travail, ou encore la polyvalence. Aujourd’hui, ces entretiens ne se font plus pour les agents.

 

– Quel est votre employeur et quel est votre statut ?

Je suis employée par la région Grand Est et à ce titre, j’ai le statut de fonctionnaire territorial.

 

– Pouvez-vous nous expliquer quelles sont vos missions en tant qu’agent d’entretien, en ce qui concerne votre travail au sein de notre école ?

En tant qu’agent ATTEE (adjoint technique territorial des établissements d’enseignement), notre mission première consiste à maintenir l’établissement dans un bon état de propreté, mais nous avons aussi d’autres responsabilités comme celles d’avertir la hiérarchie à propos de choses que l’on remarque (un carrelage qui se décolle ici, un risque d’accident potentiel là) ou même celle d’éduquer (faire une remarque à un jeune qui fait une bêtise…). Enfin, nous avons aussi une fonction tournée vers l’accueil ; informer, renseigner les usagers en répondant à leurs demandes éventuelles !

 

– Vous êtes désormais, et depuis le mois de janvier, la nouvelle lingère du lycée, en quoi cette fonction consiste-t-elle concrètement ?

Je suis chargée d’entretenir tout le linge utilisé par les élèves pour leur TP (travaux pratiques), à savoir les torchons, les liteaux de service, le nappage des deux restaurants Le Petit Vauban et Les Anthocyanes mais aussi les tenues professionnelles des agents. Je fais également quelques petits travaux de couture.

– À chaque fois que je vous croise, vous avez le sourire aux lèvres ! Comment faites-vous ?

Oui, c’est dans ma personnalité (rires). Un sourire ne coûte pas cher et cela permet d’apporter de la bonne humeur. Je suis une « sorte d’éponge », voyez-vous ! Je ressens souvent les choses et face aux personnes négatives, je ne me sens pas bien. Voilà pourquoi je préfère rire…

 

– Quand on évoque le Lycée Darche, y a-t-il des mots qui vous viennent spontanément à l’esprit ?

Alors il y a plusieurs termes : « Petite famille », « sympathie », « convivialité » et aussi « travail » (rires).

Je pense qu’Estelle Pazzaglia – la présidente de l’Amicale des Personnels du Lycée Darche – est en grande partie responsable de cet état d’esprit. Ici, les barrières entre les fonctions des uns et des autres ne sont pas si marquées, à l’inverse d’autres établissements scolaires que j’ai connus précédemment. Par exemple, les « opérations spéciales » montées chaque année avec les repas caritatifs permettent aux personnes de mieux se connaître. C’est aussi le cas avec les repas organisés par l’Amicale en début et en fin d’année scolaire et à Noël, qui donnent l’occasion de tisser des liens d’amitié entre tous les membres du personnel !

 

– Quelles sont vos passions dans la vie ?

J’ai beaucoup de passions centrées autour de la création et du domaine artistique. Je dois avouer que j’adore l’art. J’aime beaucoup la peinture, la cuisine et la pâtisserie, je me suis récemment mise à la couture. En fait, j’éprouve toujours le besoin de m’occuper l’esprit, je pratique le jardinage, j’aime la nature avec les balades en forêt ou dans la plaine et j’ai une passion pour ma chienne Izis, un bichon (rires).

À y réfléchir de plus près, je suis très chanceuse, étant passionnée de cuisine et de pâtisserie, travailler au Lycée Darche est une véritable aubaine ! Je vais souvent chercher des infos culinaires auprès des professeurs de cuisine. Merci les Chefs !

– Alors aujourd’hui où nous nous rencontrons pour cet entretien, c’est le 8 mars…

Oui ! La Journée internationale des droits de la femme, je suis une féministe à deux cents pour cent !

 

– C’est quoi être « féministe » en 2021 ?

C’est se battre pour l’égalité des salaires au niveau du travail, être « anti-machiste » ; je pense qu’on est à égalité avec les hommes. Tout cela a encore du mal à entrer dans la tête de certaines personnes…

 

– Vous avez des exemples ?

Oui, je connais certaines personnes qui ont du mal à se dire que la femme est égale à l’homme malgré tout, avec les différences de salaires entre un homme et une femme pour la même fonction, etc. Il y a encore du travail à ce sujet, pour éveiller les consciences !

 

– Quels regards portez-vous sur la société actuelle ?

Peut-être parce que je suis restée fixée sur le modèle hérité de mes parents et grands-parents (stériliser des bocaux de fruits, faire des terrines ou du pâté ou des confitures, jardiner un potager), j’avoue être un peu déçue par notre société centrée – dans plein de domaines – sur la consommation ou même la surconsommation. On a voulu donner une certaine facilité à tout le monde, par exemple avec les plats préparés qui vont beaucoup plus vite à être servis donc le résultat est que de nombreuses personnes ne cuisinent même plus. J’ai du mal à comprendre que les gens ne fassent plus les choses par eux-mêmes !

Je trouve aussi que nous sommes beaucoup influencés par les médias. J’ai l’impression que nous sommes manipulés, des sortes de « pantins ». Il me semble que parfois, on ferait bien de débrancher les différents médias comme la télévision, etc.

J’avoue que je ne regarde plus la télévision…

 

– Pour terminer, vous vouliez faire une petite « dédicace » ?

Oui, avec votre permission, je profite de cet entretien pour adresser un message de soutien à l’ensemble des personnels ATTEE de la région Grand Est pendant cette période de Covid.

 

– Je vous remercie Christelle pour ce témoignage sur votre métier et votre personnalité et bonne continuation à vous !

 

En prolongement, pour tout savoir sur le cadre d’emploi d’adjoint technique territorial des établissements d’enseignement-ATTEE, c’est :  ici

 

 

Interview préparée, propos recueillis et photographies

par Jean-Raphaël Weber

le 8 mars 2021