Madame la Proviseure Émilie Chanson se livre, pour sa première rentrée dans nos murs
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Ayant pris ses nouvelles fonctions de Proviseure du Lycée Darche à la rentrée scolaire de septembre 2026, Émilie Chanson est la deuxième femme à diriger l’établissement depuis la création du lycée. Elle a gentiment accepté de « se livrer » dans un long entretien concernant sa carrière, sa vision des métiers d’enseignante et de chef d’établissement. Rencontre avec notre « cheffe », pour faire plus amplement connaissance !

– Bonjour madame, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Émilie Chanson, j’ai 41 ans et je viens du « sillon thionvillois », plus précisément du côté de Bertrange en Moselle.

– Quel est votre parcours ? Qu’avez-vous suivi comme études ?
Je suis titulaire d’un master en Écologie avec une spécialisation Éthologie (étude du comportement des animaux sauvages). À la fin de mes études, j’ai ouvert une société de diagnostic immobilier spécialisée dans la performance énergétique des bâtiments. En parallèle, j’ai donné mes premiers cours en CAP Maintenance et hygiène des locaux au Lycée professionnel Joseph Cressot de Guénange.

– Et la suite, racontez-nous un peu !
J’ai effectué ce double emploi pendant plusieurs années et à un moment donné, il a bien fallu faire un choix alors je me suis engagée dans l’Éducation nationale. J’ai donc passé le CAPLP (*) BSE (Biologie – Santé – Environnement) en 2016. J’ai effectué mon année de stagiaire au sein du Lycée polyvalent Le Corbusier à Illkirch-Graffenstaden (au sud de Strasbourg, dans le Bas-Rhin) et en septembre 2017, je suis revenue dans l’académie de Nancy-Metz au Lycée Hanzelet de Pont-à-Mousson pour y occuper un poste d’enseignante de BSE.


© Crédits photo Est Républicain Emma Facchetti
– Pourquoi aviez-vous choisi d’être enseignante ? Expliquez-nous ce choix…
J’ai choisi de devenir enseignante parce que je souhaitais exercer un métier qui ait du sens, un métier tourné vers les autres et dans lequel je pouvais me sentir utile. Ce qui m’attirait notamment était bien sûr la transmission des connaissances, mais surtout la possibilité d’accompagner des jeunes dans leur parcours, de les voir progresser, prendre confiance en eux et parfois dépasser des difficultés qu’ils pensaient insurmontables.
J’ai toujours considéré que le rôle d’un enseignant allait bien au-delà de la transmission d’une discipline. Enseigner, c’est aussi donner envie d’apprendre, créer les conditions de la réussite, encourager, poser un cadre et permettre à chaque élève de trouver progressivement sa place et de construire son avenir.
J’étais également attirée par la dimension profondément humaine et collective de ce métier. L’École est un lieu où l’on travaille avec les élèves, mais également avec les familles, les collègues et de nombreux partenaires. Cette dimension du travail en équipe a toujours été importante pour moi.
– Mais pourquoi avez-vous franchi si rapidement la « barrière » des personnels de direction ?
Effectivement, j’ai franchi assez rapidement cette « barrière », mais le management d’équipe me manquait.
J’aimais enseigner, mais je me suis assez vite rendu compte que j’étais également très attirée par tout ce qui se construisait autour de la classe : les projets, le travail en équipe, l’accompagnement des élèves en difficulté, les relations avec les familles, mais aussi les réflexions à propos du fonctionnement d’un établissement.
J’avais envie de pouvoir agir plus largement. En tant qu’enseignante, on a une influence très forte sur les élèves que l’on accompagne directement. En devenant personnel de direction, j’ai découvert la possibilité d’agir sur les conditions de réussite de tous les élèves d’un établissement, mais aussi d’accompagner les équipes et de créer une dynamique collective.
J’aime également beaucoup monter des projets, fédérer des personnes autour d’une idée et voir cette idée devenir concrète. Les fonctions de direction me permettaient de retrouver cette dimension tout en conservant ce qui m’avait initialement conduite vers l’enseignement : l’humain, l’accompagnement et la volonté de faire réussir les élèves.
Finalement, je dirais que je n’ai pas quitté le métier d’enseignante parce qu’il ne me plaisait plus. J’ai surtout eu envie d’élargir mon champ d’action et de contribuer autrement au fonctionnement de l’École.
Ce sont mes différents chefs d’établissements qui m’ont incité à déposer un dossier d’inscription, ce que j’ai fini par faire en décembre 2017. Et en janvier 2018, j’ai pris mon premier poste dans les Vosges à Xertigny, au collège Camille Claudel. J’ai alors enchaîné les postes de « faisant fonction d’adjoint au chef d’établissement » jusqu’en 2020 où j’avais l’ancienneté requise pour passer le concours de chef d’établissement. Le concours obtenu dans la foulée, j’ai été affectée à la cité scolaire Hélène Boucher de Thionville, en charge du collège et ce jusqu’en septembre 2024. Après cela, j’ai obtenu mon premier poste de Principale de collège au collège Joliot-Curie de Tucquegnieux (54).


à Thionville

– Comment s’est passée votre première expérience en tant que « véritable pilote » d’un établissement scolaire ?
J’ai eu la chance d’être nommée au collège Joliot-Curie de Tucquegnieux parce qu’il s’agit d’un établissement qui regroupe tous les critères pour apprendre véritablement le métier de chef d’établissement. Il dispose de toute une équipe de personnels enseignants et d’une équipe de direction bien soudées et bienveillantes. J’ai pu tout de suite mettre en place une pédagogie de projet dans l’établissement.
J’ai rapidement compris que piloter un établissement ne signifiait surtout pas tout faire ni tout décider seule. Au contraire, j’ai découvert toute l’importance de l’intelligence collective. Il faut savoir s’appuyer sur les compétences des personnels, écouter, associer les équipes aux réflexions et créer les conditions pour que chacun puisse prendre sa place.
Cette première expérience m’a aussi permis d’affirmer progressivement ma manière de diriger. J’aime impulser des projets, expérimenter de nouvelles façons de travailler et faire en sorte que les équipes puissent être force de proposition. Je crois beaucoup à un pilotage qui donne un cap, mais qui laisse aussi de la place aux initiatives.

Évidemment, j’ai également découvert toute la complexité de la fonction : les imprévus permanents, les situations humaines parfois difficiles, les décisions qui doivent être prises rapidement et la responsabilité qui, elle, reste celle du chef d’établissement.
– Quelle a été votre réaction en apprenant votre nomination au Lycée Darche ?
Ma première réaction a été la surprise ! J’ai été sollicitée quelques jours seulement avant la rentrée afin d’assurer la direction du Lycée professionnel Darche, parallèlement à mes fonctions de Principale du collège Joliot-Curie de Tucquegnieux. Ce n’était absolument pas quelque chose que j’avais anticipée.
Mais très rapidement, j’ai aussi vu cette proposition comme un nouveau défi. Le lycée professionnel constitue un environnement que je connais puisque j’y ai déjà exercé, et j’étais heureuse de retrouver cette voie de formation, avec ses spécificités, la place importante accordée à la professionnalisation et les relations particulières qu’elle permet de construire avec les élèves.
La vraie question pour moi était surtout de savoir comment concilier cette nouvelle responsabilité avec la direction de mon collège. Il était important pour moi de ne pas quitter Joliot-Curie : je suis très attachée à cet établissement, à ses équipes et à tous les projets que nous y avons construits.
J’ai finalement accepté assez naturellement, avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi avec la conscience du défi organisationnel que cela représentait. Et à quelques jours de la rentrée, je me suis quand même demandé comment j’allais réussir à faire deux rentrées presque simultanément dans deux établissements !
Aujourd’hui, je considère cette nomination comme une expérience professionnelle spécialement riche : elle me permet de retrouver le lycée professionnel tout en découvrant un nouvel établissement, une nouvelle équipe et de nouveaux projets, sans renoncer à l’engagement que je poursuis au collège.
– Quelles impressions avez-vous ressenties par rapport à ce lycée en y arrivant ?
Mes premières impressions ont été très positives. Ce qui m’a d’abord marquée, c’est l’accueil que j’ai reçu de la part des personnels. Arriver quelques jours avant la rentrée dans un établissement que l’on ne connaît pas, avec tout ce que cela suppose d’urgence et d’organisation, aurait pu être compliqué. J’ai au contraire rencontré des personnels disponibles, bienveillants et prêts à travailler avec moi.
J’ai également très vite perçu un établissement avec une vraie identité, des compétences professionnelles fortes et des équipes qui connaissent bien leurs élèves et sont attachées à leur réussite.
J’ai aussi ressenti qu’il existait un véritable potentiel pour développer encore le travail collectif et les projets. C’est quelque chose qui me correspond particulièrement : j’aime que les idées circulent, que les personnels puissent proposer, expérimenter et construire ensemble.
Évidemment, je suis arrivée avec beaucoup d’humilité. Je ne souhaitais surtout pas arriver en pensant que j’allais immédiatement expliquer à des équipes qui connaissent parfaitement leur établissement comment ce dernier devait fonctionner. Ma priorité est d’abord d’écouter, d’observer, de rencontrer les personnels et les élèves et de comprendre ce à quoi chacun est attaché.

– Pouvez-vous nous décrire le Lycée Darche en quelques mots-clés ?
Si je devais décrire le Lycée Darche en quelques mots, je dirais : professionnalisation, engagement, proximité, accompagnement et potentiel.
Professionnalisation, parce que notre première mission est de préparer les jeunes à acquérir de véritables compétences et à construire leur avenir.
Proximité et accompagnement, parce que j’ai découvert des équipes qui connaissent leurs élèves et sont très présentes auprès d’eux.
Engagement, parce que je rencontre depuis mon arrivée des personnels investis, avec l’envie de faire réussir les jeunes.
Et enfin potentiel, parce que je pense qu’il y a ici énormément de possibilités pour développer de nouveaux projets, renforcer le travail collectif et continuer à faire évoluer l’établissement.
– Est-ce que ce métier de chef d’établissement vous plaît ?
Oui, énormément. C’est un métier exigeant, parfois intense, mais c’est justement cette diversité qui me plaît. Aucune journée ne ressemble à une autre : on peut passer d’une problématique pédagogique à une situation avec un élève ou une famille, d’un projet à construire à une urgence à gérer.
Ce que j’aime en particulier, c’est la possibilité d’agir concrètement sur la vie d’un établissement. J’aime chercher collectivement des solutions et créer les conditions qui permettent aux élèves comme aux personnels de réussir.
C’est aussi un métier profondément humain. On rencontre des élèves avec des parcours très différents, on accompagne des personnels, on échange avec les familles et de nombreux partenaires. Il faut savoir écouter, expliquer, rassurer, parfois arbitrer, et toujours essayer de garder le cap.
Évidemment, il y a des moments plus difficiles et une responsabilité importante. Mais je ne m’ennuie jamais ! Et surtout, je continue à avoir envie d’imaginer de nouvelles choses et de faire évoluer les établissements dans lesquels je travaille.
Donc oui, c’est un métier qui me plaît vraiment. Je pense même que j’y ai trouvé ma place.
– Quelles sont – d’après vous – les qualités requises pour occuper cette fonction ?
Je pense qu’il faut d’abord avoir des qualités humaines. Un chef d’établissement travaille avant tout avec des personnes : des élèves, des enseignants, des personnels et des familles. Il faut donc savoir écouter, dialoguer, comprendre les situations et créer de la confiance.
Il faut ensuite être réactif et adaptable, parce que les imprévus font partie du quotidien. Il faut parfois analyser une situation et y apporter une réponse très rapidement, tout en gardant suffisamment de recul.
Je dirais aussi qu’il faut être juste, cohérent et courageux. Écouter et concerter n’empêche pas qu’à certains moments, il faille arbitrer, poser un cadre et assumer ses responsabilités.
– Auriez-vous un livre à conseiller à nos lecteurs ?
Je suis une fidèle lectrice des romans policiers écrits à deux mains par Éric Giacometti et Jacques Ravenne. Ce sont des romans thrillers ésotériques et policiers dont le héros est le commissaire franc-maçon Antoine Marcas. Je les recommande parce qu’ils sont très prenants et surtout bien documentés.



Les auteurs mêlent habilement enquêtes policières, histoire, sociétés secrètes et énigmes, avec des intrigues qui entretiennent le suspense jusqu’aux dernières pages. J’apprécie notamment la manière dont ils s’appuient sur des faits historiques réels pour construire leurs fictions.
– Quels genres de musiques écoutez-vous ?
J’aime beaucoup aller dans les festivals afin d’y découvrir de nouveaux artistes.
– Que diriez-vous aux élèves qui vont nous lire ?
Je leur dirais d’abord de croire en eux et de ne pas se laisser enfermer dans l’image qu’ils peuvent parfois avoir d’eux-mêmes. Un parcours scolaire n’est jamais complètement écrit à l’avance.
Je leur dirais aussi qu’ils ont le droit de se tromper, d’hésiter, de rencontrer des difficultés et même parfois de ne plus savoir exactement où ils en sont. L’important est de ne pas renoncer et surtout de ne pas rester seuls lorsqu’ils rencontrent une difficulté. Dans un établissement scolaire, beaucoup d’adultes sont là pour les écouter et les accompagner.
Je leur dirais également de profiter pleinement de leurs années au lycée. Bien sûr pour apprendre un métier, acquérir des compétences et préparer un diplôme, mais aussi pour grandir, découvrir, rencontrer les autres, participer à des projets et construire progressivement la personne qu’ils souhaitent devenir.
Enfin, j’aimerais leur dire quelque chose à laquelle je tiens particulièrement : ayez de l’ambition pour vous-mêmes. Votre origine, vos difficultés passées ou votre parcours ne doivent jamais vous empêcher d’avoir des projets. Donnez-vous le droit d’essayer, de réussir et parfois même de viser plus haut que ce que vous aviez imaginé.
Et surtout, soyez acteurs de votre parcours. Nous pouvons vous accompagner, vous conseiller, vous encourager et parfois vous pousser un peu, mais c’est vous qui construisez votre avenir.
– Avez-vous un loisir particulier, des hobbies ?
Je suis présidente du TMHB ; le club de handball de Thionville ! Lorsque j’étais en poste au collège Hélène Boucher, j’y ai ouvert une section sportive handball rattachée au Thionville Moselle Handball… Et il y a deux ans, le comité et les joueurs m’ont demandé si je voulais bien devenir leur nouvelle présidente ! Ce que j’ai accepté avec plaisir.

CAPLP (*) : certificat d’aptitude au professorat de lycée professionnel
Un grand merci, Madame Chanson pour cet entretien, ce témoignage et bienvenue chez nous !

Photographies, visuels Internet,
interview préparée et propos recueillis par
Jean-Raphaël Weber
le 14 septembre 2026
