Madame la Proviseure Bernadette Carme se livre, avant de tirer sa révérence

Ayant pris ses nouvelles fonctions de Proviseure du Lycée Darche à la rentrée scolaire de septembre 2016, Bernadette Carme a été la première femme à diriger l’établissement depuis sa création. Elle a gentiment accepté de « se livrer » dans un entretien dont on peut lire ci-dessous le contenu. Rencontre avec notre « cheffe », avant son départ vers de nouveaux horizons !

 

 

RESSOURCES HUMAINES

 

– Bonjour madame Carme, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Bernadette Carme, j’aurai bientôt 61 ans et je suis Proviseure du Lycée Darche depuis septembre 2016.

 

– Un proverbe africain dit ceci : « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. » D’où venez-vous ?

Je suis l’aînée d’une famille de cinq enfants. Mon papa était facteur et en parallèle avec ma maman, ils géraient une exploitation agricole. C’est à cette époque-là que j’ai appris la vraie vie et la valeur des choses !

 

– Quel est votre parcours ? Qu’avez-vous suivi comme études ?

Après un parcours à l’école primaire, j’ai fait sept années de pension de la sixième à la terminale au collège et lycée Notre-Dame de Peltre, à côté de Metz. Je garde d’ailleurs un merveilleux souvenir de ces années de pensionnat. Contrairement à tout ce que les gamins peuvent dire maintenant, c’était vraiment pas mal, je n’y ai jamais été malheureuse ! J’ai passé un baccalauréat économique dans ce lycée.

L’ensemble scolaire Notre-Dame, de Peltre

 

– Et la suite, racontez-nous !

Après mon bac, je suis partie travailler quelques années dans une banque où je me suis rapidement ennuyée.

J’ai alors repris des études à 28 ans avec un DUT « Techniques de commercialisation ». Après cela, j’ai passé une licence en marketing appliqué et en commerce international. Une fois ces diplômes obtenus, j’ai postulé à l’Éducation nationale et là, j’ai obtenu un premier poste de maître auxiliaire au Lycée Jean de Pange de Sarreguemines. C’est à ce moment-là que j’ai eu une vraie révélation pour la pédagogie et les jeunes ! J’avais trouvé ma voie (rires) !

J’ai obtenu mon CAPET (NDLR : certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique) Économie et gestion option commerciale en 1994 et puis j’ai occupé un poste au Lycée Blaise Pascal de Forbach où j’ai eu en charge une classe de BTS « Action commerciale ».

Cette année-là et en tant que professeure stagiaire – dans le cadre du jumelage de la région Lorraine avec la Géorgie et un appariement entre le Lycée Blaise Pascal et l’université d’Americus en Géorgie – j’ai eu la chance inouïe de partir 15 jours aux États-Unis avec mes étudiants !

Après cela, j’ai été nommée sur un poste définitif au Lycée Jean de Pange où j’ai exercé plus de dix ans auprès des BTS « Force de vente ».

– Pourquoi aviez-vous choisi d’être enseignante ? Expliquez-nous un peu ce choix…

J’ai toujours eu envie d’être enseignante… À la fin de mes études, j’avais plusieurs pistes, notamment dans le secteur du privé et comme j’avais déposé un dossier auprès du rectorat, j’ai été appelée par le rectorat et j’ai accepté le premier poste que l’on m’a proposé… Et c’est là que j’ai eu la révélation ! C’est vraiment à la fin de ma première séance avec la classe que j’ai été enchantée ! J’ai donc laissé de côté toutes les autres opportunités du privé qui m’attendaient alors ! Le contact avec les jeunes me plaisait trop ! Si cela ne m’avait pas plu, je n’aurais pas donné suite et je ne serais pas où je suis maintenant !

 

– Mais comment avez-vous franchi la « barrière » des personnels de direction ?

Ensuite, en 2007, j’ai souhaité redonner une nouvelle orientation à ma carrière et j’ai passé le concours de personnel de direction. Et là, j’ai été affectée comme Principale-adjointe au Collège de la Mésange à Sarrebourg, rebaptisé un peu plus tard Collège Pierre Messmer.

En 2010, à la suite d’une demande de mutation, j’ai obtenu la direction d’un collège en Haute-Savoie, au Collège Henri Corbet de Saint-Jean-d’Aulps qui avait notamment comme communes de recrutement pour ses élèves : Les Gets, Morzine, Avoriaz, etc. ! J’étais très heureuse de découvrir la vie montagnarde et les montagnards.

Après cette étape et à la suite d’une nouvelle mutation, j’ai découvert la vie au bord du lac Léman puisque j’ai pris la direction du Collège Théodore Monod à Margencel pendant trois années. Je voyais le lac de ma fenêtre (rires) !

 

« Jicky, viens ici ! »

– Comment s’est fait votre acclimatation dans cette région ?

Je suis arrivée là-bas en ne connaissant personne ! Mais comme j’ai le contact facile, j’ai réussi à me faire rapidement des relations ! En tant que Principale, il est plus facile de tisser un réseau relationnel. Il faut dire que j’avais un ambassadeur de choix ; mon petit chien d’alors ; un Cavalier King Charles répondant au nom de Thespios qui m’accompagnait partout ! Un chien est un moyen facile de tisser des liens (rires) ! Aujourd’hui, la chienne qui me suit partout s’appelle Jicky, comme le parfum de Guerlain (rires) !

 

– Être la Principale d’un collège de Haute-Savoie, c’est comment ?

C’est lors de ce premier poste occupé en tant que Principale que j’ai pris la pleine mesure de la fonction de chef d’établissement, et souvent la solitude inhérente à cette fonction !

Il faut dire aussi que les caractéristiques géographiques de la région ne facilitaient pas les rencontres entre collègues chefs d’établissement ! Lorsqu’on est isolé géographiquement et sans adjoint ! Par exemple, il fallait traverser le col du Corbier pour rencontrer le collègue du collège le plus proche qui lui aussi venait d’arriver d’une autre région ! Et lorsque le col est bloqué par la neige…

La solitude de la fonction de chef d’établissement vient aussi du fait que vous n’êtes plus professeur. Chose curieuse, on a été enseignant et les profs ne vous voient plus comme un professeur mais comme un chef ! On déshumanise la personne.

 

 

Vue du col du Corbier (altitude 1 237 m), © photographie Wikipédia – le col du Corbier permet la connexion entre la vallée d’Aulps (au nord) et le val d’Abondance (au sud)

 

– Pourquoi êtes-vous revenue en Lorraine après cette « escapade savoyarde » ?

L’appel du terroir a été le plus fort ! (rires) !

En fait, je voulais me rapprocher de ma famille et de mes amis !

 

– Quelle a été votre réaction en apprenant votre nomination au Lycée Darche ?

J’ai été heureuse parce que je rentrais « au pays » ! Et je découvrais aussi une partie de la Lorraine que je ne connaissais pas ! Pour moi, Longwy se résumait à la sidérurgie et aux Émaux (rires) !

Je souhaitais ardemment découvrir le lycée professionnel parce que c’est le lycée de tous les possibles !

 

– C’est-à-dire ?

Ce qui pouvait paraître impossible peut devenir possible. On peut y rentrer pour préparer un CAP, on peut y poursuivre avec un Bac Pro et enchaîner dans la vie professionnelle ou bien continuer son parcours de formation avec un BTS et une licence pro et davantage !

 

– Quelles impressions avez-vous ressenties par rapport à ce lycée ?

Elles étaient positives parce que j’y ai découvert un cadre de vie remarquable et des équipes – sans flagornerie de ma part – exceptionnelles et des jeunes dont les attentes étaient souvent floues. Le challenge a été de leur donner de la visibilité à travers les parcours professionnels qu’on leur propose.

 

– Le Lycée Darche en quelques mots-clés ?

Des mots comme : « actions », « réactions », « organisation », « anticipation », « réalisations », et surtout « une santé physique et morale à toute épreuve » !

 

– Est-ce que ce métier de chef d’établissement vous plaît ?

Oh oui, bien sûr ! J’aime bien mon métier ! Il n’y a pas de routine ! On y découvre toujours autre chose et on apprend en permanence, étant sur plein de « champs » différents !

 

– Quelles sont – d’après vous – les qualités requises pour occuper cette fonction ?

Il faut déjà savoir écouter, observer, communiquer, fédérer, accompagner les personnels et être visionnaire.

Et il faut aussi faire preuve d’une bonne maîtrise de soi, « pour ne pas monter dans les tours », pour aborder toutes les situations qui peuvent survenir…

 

– Alors pour quel nouveau poste de personnel de direction quittez-vous le Lycée Darche ?

Pour retrouver un poste de Principale au Collège Jean Jaurès classé en REP (NDLR : réseau d’éducation prioritaire) à Sarreguemines. Un nouveau challenge…

– Auriez-vous un livre à conseiller à nos lecteurs ?

Oui bien sûr ! Le Prophète (1923), de Gibran Khalil Gibran (1883-1931) ; un auteur poète libanais. Il s’agit d’un petit livre qui coûte 2,00 € dans la collection Librio et qui permet de réfléchir sur l’existence.

 

– Avez-vous un artiste de prédilection ?

En réfléchissant un peu, j’aime beaucoup les deux artistes viennois Gustav Klimt et Friedensreich Hundertwasser (1928-2000) !

 

– Quelles musiques classiques écoutez-vous ?

J’ai toute la collection discographique des œuvres de Mozart et Bach.

 

– Que diriez-vous aux élèves qui vont nous lire ?

Je vais leur dire qu’ils ne perdent jamais confiance en eux ! Même s’ils ne le savent pas encore, ils ont tous des ressources ! Dans la vie, on peut arriver à un but que l’on s’est fixé et on n’est pas obligé de prendre l’autoroute mais les chemins de traverse, sur lesquels on peut s’arrêter, regarder, observer, analyser et surtout ne pas oublier de repartir vers son but parce qu’il faut y croire !

Je souhaiterais aussi m’adresser plus particulièrement aux filles… J’aimerais effectivement leur dire d’une manière très solennelle qu’elles n’oublient surtout jamais qu’une grande partie de leur indépendance dépend avant tout d’une activité professionnelle, de préférence choisie et non subie !

 

– Avez-vous un loisir particulier, des hobbies ?

 

 

Je pratique la randonnée pédestre dans les Vosges du Nord et l’Alsace et aussi à l’occasion de mes vacances dans d’autres régions ou pays. Je possède même dans une mallette toutes les cartes IGN du Grand Est ! Les fameuses cartes « IGN Top 25 », et toute la collection des livres du Club Vosgien !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

– Et des destinations de prédilection ?

Je suis une grande amoureuse des Cyclades dont j’ai visité 80 % des îles !

 

– L’autre jour – le mardi 6 juillet dernier lors du pot de fin d’année scolaire – lorsque vous avez pris la parole, vous avez dit notamment – en parlant du travail du directeur d’un établissement scolaire – je cite de mémoire : « on est des facilitateurs du travail des enseignants » et – en parlant des enseignants des lycées professionnels en général – vous disiez aux professeurs réunis pour l’occasion : « vous n’êtes pas comme tous les profs » et encore plus loin : « les élèves bénéficient d’un véritable accompagnement quand ils passent par chez nous. »

Un grand merci, madame Carme pour cet entretien, ce témoignage et bon vent pour votre nouvelle nomination !

 

 

 

Photographies, documentation, interview préparée et propos recueillis par

 Jean-Raphaël Weber

le 25 juin 2021